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Consommer mieux, au bon moment

Les parties privatives entrent dans la transition

Nouvelles

Une collaboration unique entre Hydro-Québec et le RGCQ

par Véronique Martel

Au Québec, l’électricité est propre, renouvelable et faiblement émettrice de gaz à effet de serre. Cela ne signifie pas pour autant que la transition énergétique est terminée, bien au contraire. L’électrification des transports, des bâtiments et de plusieurs secteurs de l’économie fera croître les besoins en électricité au cours des prochaines années. Le secteur résidentiel est une des clés de voûte de la réussite de cette transition.

Dans le premier article de cette série, il était question des aires communes et du programme Solutions efficaces. Cette fois, l’attention se déplace vers les parties privatives : les unités de copropriété, les équipements résidentiels, les thermostats, les thermopompes et les habitudes de consommation.

Électrifier plus, mais aussi consommer mieux

« Au Québec, on a généralement l’impression qu’on est décarboné parce que l’électricité qu’on consomme est renouvelable à plus de 99 %. Mais il faut savoir qu’une molécule d’énergie sur deux au Québec est fossile », lance d’entrée de jeu Cendrix Bouchard, conseiller stratégique en communications chez Hydro-Québec.

Pour électrifier davantage le Québec, Hydro-Québec devra produire plus, mais produire plus ne suffira pas. Il faudra aussi « consommer moins, consommer mieux, et consommer au bon moment, en particulier durant les pointes hivernales qui sont caractéristiques au Québec », affirme le porte-parole de la société d’État.

Des pointes hivernales qui font mal

Au Québec, la demande d’électricité varie fortement selon l’heure et la saison. Les pointes surviennent surtout l’hiver, le matin et en fin de journée, lorsque le chauffage résidentiel s’ajoute aux autres usages. Cette réalité distingue le Québec de plusieurs autres marchés, où les pointes sont plutôt estivales.

Ces pointes ne sont pas qu’un enjeu de réseau. Elles se vivent aussi, très concrètement, dans les logements. En copropriété comme ailleurs, le chauffage électrique, l’eau chaude et certains appareils résidentiels contribuent à la demande collective, surtout lors des grands froids.

C’est précisément dans cette zone que les parties privatives peuvent jouer un rôle. Si les aires communes relèvent du syndicat, les unités d’habitation relèvent d’abord des copropriétaires. Le choix des équipements, les habitudes de consommation et la capacité à réduire ou à déplacer certains usages au bon moment peuvent contribuer à diminuer la pression sur le réseau — tout en générant des économies sur la facture individuelle. C’est là qu’Hilo entre en scène.

Hilo : automatiser les bons gestes

Hilo automatise la gestion d’appareils intelligents afin de réduire la consommation d’énergie lors des périodes de grande demande, soit les pointes hivernales. Le service fonctionne avec le tarif Flex D d’Hydro-Québec : l’électricité coûte moins cher la majorité de l’hiver, sauf lors des événements de pointe, où Hilo ajuste automatiquement les appareils connectés pour réduire la consommation. 

Pour les copropriétaires dont l’unité est chauffée par plinthes électriques ou par un système compatible avec l’écosystème Hilo, la démarche est rapide : inscription sur la plateforme, demande d’équipement, prise de rendez-vous, puis installation par un électricien certifié. François Baron, délégué Développement de marchés et partenariats à la Direction – Clientèle d’affaires et expertise énergétique d’Hydro-Québec, a lui-même travaillé chez Hilo et résume l’avantage simplement : « Actuellement, on a une offre à zéro dollar, installation incluse. Qu’est-ce que tu veux de mieux? » 

Avec Hilo et le tarif Flex D, les participants peuvent économiser jusqu’à 20 % de leur facture hivernale, soit en moyenne 155 $ par hiver. « Et ça se fait tout seul! », poursuit Cendrix Bouchard.

Lancé en octobre 2019, Hilo comptait environ 20 000 clients à ses débuts, selon M. Bouchard. Le programme a depuis pris de l’ampleur : « Le nombre de clients a pratiquement doublé en un an, passant d’environ 60 000 à l’hiver 2024-2025 à 115 000 à l’hiver 2025-2026. L’intérêt est en croissance et c’est encourageant pour poursuivre la transition dans les milliers de foyers qu’il reste encore à transformer. »

Des démarches individuelles, mais pas isolées

Hilo agit surtout sur le moment où l’énergie est consommée. Le programme LogisVert, de son côté, permet d’agir sur les équipements eux-mêmes. Un copropriétaire peut faire une demande individuellement. Il n’est pas nécessaire que l’ensemble de l’immeuble adopte la même mesure au même moment. Cette distinction est importante en copropriété, où les besoins, les budgets et les priorités peuvent varier d’une unité à l’autre.

Baron reconnaît d’ailleurs que les immeubles peuvent présenter des réalités différentes selon les générations, les projets de vie et les attentes en matière de confort. Un copropriétaire peut vouloir installer une thermopompe pour améliorer son confort, tandis qu’un autre ne verra pas la nécessité de le faire à court terme. « Ce n’est pas nécessaire que tout l’immeuble fasse une demande. Le programme LogisVert permet les démarches à l’échelle de l’unité, assure-t-il, mais des demandes groupées peuvent aussi être envisagées, notamment pour simplifier certaines démarches administratives ». Celles-ci ne changent pas nécessairement l’aide financière accordée, mais peuvent faciliter l’accompagnement et le suivi lorsque plusieurs copropriétaires souhaitent aller dans la même direction.

La recharge électrique, au bon moment

Les véhicules électriques font aussi partie de cette réflexion sur les parties privatives. Dans les immeubles où les copropriétaires disposent d’une borne compatible, Hilo peut permettre d’intégrer la recharge à l’écosystème de la maison intelligente. Grâce aux bornes de recharge compatibles avec Hilo, les copropriétaires peuvent participer aux événements de pointe et réaliser des économies, selon les informations publiées par Hilo.

Pour Hydro-Québec, l’objectif est clair : développer le réflexe de la recharge au bon moment. « Ce qu’on veut développer comme réflexe, à la grandeur du Québec, c’est qu’une voiture électrique, ça se recharge de préférence la nuit, en dehors des périodes de pointe », souligne Cendrix Bouchard.

À plus long terme, la recharge bidirectionnelle pourrait aussi transformer le véhicule électrique en outil de résilience. Le véhicule pourrait alors servir de batterie temporaire pour alimenter une résidence ou soutenir le réseau. « Selon la capacité de la batterie du véhicule, il peut y avoir une vraie résilience qui est reliée à ça », explique-t-il. Quand on pense aux impacts des changements climatiques et des phénomènes météorologiques extrêmes, cette possibilité apparaît plus réaliste que futuriste.

L’autoproduction solaire, un horizon à suivre

Hydro-Québec encourage aussi l’autoproduction solaire afin de rendre le réseau plus résilient et d’amener progressivement davantage de clients à produire une partie de leur électricité. « L’idée, c’est d’amener progressivement 125 000 clients à se doter de panneaux photovoltaïques au Québec », explique Cendrix Bouchard.

En copropriété, toutefois, ce type de projet relève d’abord du syndicat, puisque le toit est généralement une partie commune. Hydro-Québec peut soutenir financièrement certains projets admissibles, mais la conception, l’analyse technique et les démarches d’installation doivent être confiées aux professionnels du marché.

Vers une copropriété plus active dans la transition

En copropriété, la transition énergétique ne repose donc pas seulement sur les grands travaux collectifs. Elle se construit aussi à l’échelle des unités, par des gestes individuels, accessibles et bien planifiés : améliorer son chauffage, automatiser ses thermostats, choisir des appareils plus efficaces ou mieux planifier la recharge de son véhicule électrique.

C’est ici que la notion de « consommacteur » prend tout son sens. Le terme désigne une personne qui ne se limite plus à consommer de l’électricité, mais qui participe activement à l’équilibre du réseau. Cela peut vouloir dire réduire sa consommation pendant les pointes, reporter une recharge, automatiser ses équipements ou, éventuellement, produire une partie de son énergie.

« Les gens vont de plus en plus, simplement au lieu d’être un consommateur, devenir un acteur impliqué du réseau électrique au Québec comme partout dans le monde », conclut Cendrix Bouchard.

Pour les syndicats, le rôle consiste à informer, à faciliter les démarches lorsque nécessaire et à orienter les copropriétaires vers les bons programmes. Pour les copropriétaires, l’automne devient le bon moment pour agir : vérifier son admissibilité, moderniser ses équipements et préparer son unité avant la prochaine pointe hivernale.

Parties privatives : par où commencer avant l’hiver?

  1. Vérifier son admissibilité à Hilo:

    Les copropriétaires dont l’unité est chauffée par plinthes électriques ou par un système compatible n’ont qu’à vérifier s’ils peuvent participer.
  2. Regarder les mesures LogisVert applicables à son unité

    Thermopompe, cuisinière à induction, sécheuse à pompe à chaleur ou autres mesures admissibles peuvent contribuer à réduire la consommation.

  3. Informer le syndicat

    Certains travaux touchant une partie commune, une partie commune à usage restreint ou l’apparence de l’immeuble peuvent nécessiter une autorisation. En outre, la plupart des déclarations de copropriété demandent que les copropriétaires informent le syndicat des travaux réalisés dans leur unité.

  4. Penser au bon moment

    L’automne est le moment idéal pour entreprendre les démarches avant les pointes hivernales. C’est le temps!