Depuis plusieurs années, le monde de la copropriété évolue dans un contexte où subsistent certaines tensions, souvent alimentées par une incompréhension persistante entre copropriétaires, conseils d’administration, gestionnaires et autres intervenants du milieu. Mais cette situation est-elle réellement le résultat d’un manque d’efforts ou de volonté de l’un ou l’autre des acteurs ?
Lorsque l’on observe les avancées technologiques qui transforment la gestion immobilière, les nouveaux outils numériques mis à la disposition des syndicats de co-ownership, ainsi que les efforts déployés par les promoteurs pour concevoir des immeubles mieux adaptés à la vie collective, il est permis de croire que le secteur progresse. Le cadre juridique, lui aussi, se précise. Les règles sont mieux définies, les mécanismes légaux davantage expliqués, et les initiatives de formation et d’information à destination des copropriétaires et des gestionnaires se multiplient.
Alors, où se situe réellement le nœud du problème ?
La réponse se trouve peut-être dans un élément fondamental de la copropriété elle-même. Elle impose un mode de vie collectif à des personnes qui n’ont pas toujours choisi ce modèle par préférence. Pour plusieurs, l’habitation individuelle demeure l’idéal, tandis que la copropriété représente avant tout une solution rendue nécessaire par le contexte économique et immobilier. Cette réalité peut teinter le rapport au voisinage, aux règles communes et à la prise de décision collective.
À cela s’ajoute le poids de l’investissement financier. L’acquisition d’une unité en copropriété est souvent le résultat d’années d’épargne et d’efforts considérables. Il est donc naturel que chaque copropriétaire souhaite protéger son patrimoine, surveiller les dépenses et défendre ce qu’il perçoit comme ses intérêts. Ce réflexe, légitime en soi, peut toutefois nourrir des tensions lorsqu’il entre en conflit avec les impératifs du bien collectif.
Cette dynamique contribue à la réputation parfois conflictuelle de la copropriété. Au Québec, les frictions se manifestent notamment dans les relations entre copropriétaires, administrateurs, gestionnaires et fournisseurs. Mais cette perception est-elle une fatalité ou simplement le symptôme d’un modèle encore en transition ?
Il est possible d’envisager la copropriété autrement. Plutôt que de la réduire à un ensemble de règles, de charges communes et d’obligations administratives, elle peut devenir un véritable projet de vie partagé. Mettre davantage en valeur les bénéfices concrets de la vie en collectivité, renforcer les services offerts et favoriser un sentiment d’appartenance pourraient transformer l’expérience quotidienne des copropriétaires.
Des copropriétés axées sur les services, le confort, la sécurité et la qualité de vie ont le potentiel de modifier en profondeur la perception qu’ont les occupants de leur milieu de vie. Cette évolution représente aussi une occasion pour les acteurs du secteur de développer des solutions innovantes et des services partagés mieux adaptés aux attentes actuelles.
En somme, si le copropriétaire de 2026 se sent parfois tiraillé entre son désir de contrôle individuel et les exigences de la vie collective, c’est peut-être parce qu’il se trouve dans une phase de transition. Ni entièrement maître de son habitat, ni encore pleinement engagé dans un projet collectif porteur de sens.
Le développement d’une approche plus humaine et plus intelligente de l’habitat partagé permettrait de dépasser la vision strictement juridique de la copropriété, pour tendre vers des milieux de vie apaisés, durables et solidaires.
La copropriété du futur se construit dès aujourd’hui. Et la copropriété exemplaire n’est plus une utopie, mais une trajectoire à portée de main.
D'après un texte de
Jean-Pierre Lannoy, gestionnaire de copropriété
Dirigeant de COPRO ACADEMY