Batteries lithium-ion en copropriété : un risque sous-estimé?
Entre prévention, réglementation et responsabilités du syndicat
Nouvelles
Les batteries lithium-ion ne sont plus une nouveauté dans les copropriétés québécoises. Vélos électriques, trottinettes, outils rechargeables, appareils de mobilité réduite et, dans certains immeubles, véhicules électriques, font désormais partie du quotidien de nombreux occupants.
Si les risques associés à ces batteries sont bien connus depuis plusieurs années, leur présence grandissante dans les immeubles soulève aujourd'hui une autre question : les syndicats de copropriété disposent-ils des outils nécessaires pour encadrer adéquatement leur utilisation et leur entreposage?
Un risque bien documenté
Les incendies causés par des batteries lithium-ion demeurent relativement rares, mais leurs conséquences peuvent être particulièrement importantes. Lorsqu'une batterie subit un dommage, présente un défaut de fabrication ou est rechargée dans des conditions inadéquates, elle peut entrer dans un processus d'emballement thermique. La chaleur générée provoque alors une réaction en chaîne susceptible de mener à un incendie difficile à maîtriser.
La popularité croissante des appareils alimentés par ces batteries augmente mécaniquement les occasions d'incident. Plusieurs services de sécurité incendie au Canada et ailleurs dans le monde rapportent d'ailleurs une hausse du nombre d'interventions impliquant des batteries lithium-ion au cours des dernières années.
Une réalité qui s'invite dans les copropriétés
Contrairement à plusieurs autres risques présents dans les immeubles, les batteries lithium-ion sont généralement introduites par les occupants eux-mêmes.
Un copropriétaire peut ainsi entreposer dans son unité ou dans son espace de rangement un vélo électrique, plusieurs batteries de rechange, des outils rechargeables ou encore une trottinette électrique. Dans certains cas, ces équipements sont également rechargés dans les parties communes, les stationnements ou les corridors de service.
Cette multiplication des usages amène les syndicats à s'interroger sur leurs responsabilités et sur les mesures qu'ils peuvent mettre en place afin de protéger l'immeuble.
Le syndicat peut-il intervenir?
Le conseil d'administration a l'obligation d'assurer la conservation de l'immeuble et d'administrer les parties communes dans l'intérêt de la collectivité des copropriétaires. À ce titre, il peut adopter des règles raisonnables visant à réduire les risques pour l'immeuble.
Selon les caractéristiques de la copropriété, plusieurs mesures peuvent être envisagées :
- encadrer les lieux où les vélos et trottinettes électriques peuvent être entreposés;
- préciser les conditions applicables à la recharge des batteries;
- interdire l'utilisation d'équipements manifestement endommagés;
- exiger le respect des recommandations du fabricant;
- sensibiliser les occupants aux bonnes pratiques de recharge et d'entreposage.
L'objectif n'est pas d'interdire systématiquement ces équipements, mais plutôt d'assurer une coexistence sécuritaire entre les occupants et la protection du bâtiment.
L'importance d'une approche préventive
Comme pour plusieurs enjeux de gestion des risques, la prévention demeure le meilleur outil à la disposition des syndicats.
Une communication périodique rappelant les bonnes pratiques peut contribuer à réduire significativement les risques. Les occupants devraient notamment être invités à :
- utiliser uniquement les chargeurs recommandés par le fabricant;
- éviter les batteries modifiées ou de provenance inconnue;
- cesser d'utiliser toute batterie présentant des signes de détérioration;
- éviter de recharger une batterie à proximité de matériaux combustibles;
- signaler rapidement toute situation préoccupante au gestionnaire ou au conseil d'administration.
Les syndicats peuvent également profiter de la révision de leurs règlements d'immeuble pour vérifier si ceux-ci répondent adéquatement aux réalités actuelles.
Un enjeu appelé à évoluer
L'électrification des transports et des équipements du quotidien ne cesse de progresser. Les copropriétés devront donc continuer à adapter leurs pratiques afin de tenir compte de cette évolution.
Sans constituer un risque nouveau, les batteries lithium-ion représentent désormais une réalité incontournable de la gestion immobilière. Pour les syndicats de copropriété, l'enjeu n'est plus tant de savoir si ces batteries seront présentes dans l'immeuble, mais plutôt de déterminer comment encadrer leur utilisation de manière sécuritaire et raisonnable.
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